Éléments historiques sur le Yoga – Période védique

Temps de lecture : 6 minutes

Le Yoga et son évolution sont intrinsèquement liés à l’histoire indienne, qui est longue et complexe. L’objectif ici est uniquement de donner quelques repères pour mieux appréhender la richesse historique du Yoga en général.

Le Yoga classique peut être appréhendé à travers plusieurs textes anciens. Rappelons que ces textes ont été rédigés sous formes d’hymnes, poèmes et aphorismes aux formulations parfois extrêmement concises et elliptiques. En effet, ils servaient de supports à une tradition orale et à une transmission souvent secrète, et étaient destinés à être appris et récités par les disciples puis expliqués oralement (et plus tard commentés par écrit) par les maîtres.

Table des matières

Veda

L’origine du Yoga semble remonter au moins au début du IIe millénaire av. J.-C. quand le terme Yoga apparaît dans certains hymnes composés au sein de la civilisation du Védisme. Cette civilisation, maîtrisant l’écriture, serait elle-même issue d’une civilisation antérieure nommée civilisation de l’Indus (3000 av. J.-C. – 1900 av. J.-C.). Les historiens ne s’accordent pas sur les dates d’origine des premiers textes védiques mais il est clairs qu’ils remontent à plusieurs millénaires avant notre ère.

Page de l’Atharva-Veda (source : wikipedia)

Selon la tradition, ces textes – regroupés sous le terme de Veda – ont été révélés à des sages (rishi) par audition interne directe et transmis oralement et secrètement entre prêtres (brahmanes), garants des rites religieux. Le Veda constitue un corpus de quatre recueils (samhita) datés de 1500 av. J.-C. à 1200 av. J.-C. :

  • Rig-Veda : recueil de poèmes, hymnes et bénédictions ;
  • Yajur-Veda : rites et formules sacrificielles ;
  • Sama-Veda : chants et mélodies ;
  • Atharva-Veda : incantations magiques et rituels de passage.

La doctrine Veda est ensuite chronologiquement complétée par d’autres textes :

  • commentaires et exégèses ritualistes (brahmana) ;
  • traités à destination des ascètes retirés en forêt (aranyaka) ;
  • enseignements secrets et ésotériques (upanishad).

Certains de ces derniers, dont l’origine est estimée vers 500 av. J.-C., évoquent le Yoga et ses techniques (postures, souffle vital, sons mystiques…).

Par exemple la Taittiriya Upanishad, dont la date d’origine est estimée entre 600 et 500 av. J.-C, expose déjà la nature de l’homme selon trois corps et cinq enveloppes ou fourreaux (kosha) imbriqués :

Les cinq kosha
  • corps physique :
    • Annamaya kosha : lié à la nourriture et aux éléments grossiers ;
  • corps subtil :
    • Pranayama kosha : lié à l’énergie vitale (prana) qui anime le corps physique ;
    • Manomaya kosha : lié aux pensées et aux émotions du mental ;
    • Vijnanamaya kosha : lié à l’intelligence objective, au raisonnement intellectuel et à l’intuition ;
  • corps causal :
    • Anandamaya kosha : lié à la conscience et à la béatitude, niveau le plus subtil de l’individualité humaine.

Samkhya

Le Samkhya est en Inde une des écoles majeures de pensée. Déjà évoqué dans certains upanishad et dans la Baghavad-Gita, il est considéré comme le fondement théorique et doctrinal du Yoga classique. L’origine du principal traité qui en expose les bases, nommé Samkhya Karika, est estimée entre le IVe et le Ve siècles.

Il s’agit d’une analyse des principes (tattva) de la réalité, constituant ainsi une représentation du monde dans le but de se libérer de la souffrance de l’existence. Les deux premiers principes originaux sont :

  • Purusha : principe masculin statique, il constitue la pure conscience non manifestée ;
  • Prakriti : principe féminin dynamique, elle est la nature primordiale contenant en potentiel l’énergie et la matière.

La nature prakriti est composée de trois qualités (guna) qui tels des fils tissent la réalité lorsqu’elle se manifeste :

  • Tamas : qui limite, associée à l’obscurcissement et la torpeur ;
  • Rajas : qui stimule, associée à la coloration et la passion ;
  • Sattva : qui révèle, associée à la luminosité et la pureté.
Trois guna : tamas – rajas – sattva

La manifestation est issue de la rencontre des deux principes purusha et prakriti, qui engendre les vingt-trois autres principes de la réalité :

  • principes à dominance sattvique, constituant l’organe interne :
    • l’intellect ou moi cosmique ;
    • le principe d’individuation ou égo ;
    • la pensée ;
  • principes à dominance rajasique :
    • les cinq facultés de connaissance (les cinq sens) ;
    • les cinq facultés d’action (parole, mains, pieds, anus et organes génitaux) ;
  • principes à dominance tamasique :
    • les cinq éléments subtils (essences non perceptibles par les sens grossiers) ;
    • les cinq éléments grossiers (perceptibles par les sens).

L’objectif du Samkhya (et du Yoga classique) est de remonter en sens inverse ce processus de manifestation, jusqu’à la fusion de la personnalité dans la conscience absolue, la sortie du temps et la libération du cycle de transmigrations (samsara).

En effet, la notion de transmigration est intégrée au Samkhya et à la philosophie indienne en général. Ainsi après la mort, le corps subtil, constitué des treize premières facultés (internes et externes), abandonne le corps grossier (constitué des facultés restantes, c’est-à-dire les éléments) pour continuer à supporter l’évolution de la conscience à travers de nouvelles vies.

Ce processus est régit par le karma qui – sans aucune forme de jugement – conserve les traces des expériences et vies passées qui influencent la configuration de la nouvelle vie. De ce fait, la conscience récolte ce qu’elle a semé et s’habille avec le tissage de guna réalisé dans ses incarnations passées. Ce cycle samsara se répète jusqu’à la délivrance consciente, hors des guna et des notions de bien ou de mal.

Vedanta

Le Vedanta, qui signifie « fin ou conclusion du Veda », est une école de pensée consolidée par Adi Shankara vers le VIIe ou le VIIIe siècle. Sa philosophie est basée sur les commentaires de textes du Veda et de la Baghavad-Gita (texte poétique fondamental de la philosophie hindoue).

Sa forme la plus répandue est l’Advaita Vedanta qui prône la non-dualité de la réalité via le principe fondamental de non différentiation entre l’âme individuelle (atman) et l’absolu (brahman).

Le cygne, symbole important dans l’Advaita Vedanta

C’est par l’intérmédiaire de maya, l’illusion cosmique que cette dualité est possible. Maya est le pouvoir ou voile illusoire dont se pare Brahman pour se cacher des esprits humains tout en leur présentant le monde matériel comme vrai. De ce fait atman est en réalité brahman et il apparaît comme multiple uniquement sous l’effet de maya. L’âme n’est donc pas selon Shankara un concept individuel mais absolu et la libération est obtenue en dépassant l’illusion de dualité provenant de maya.

Ashtanga Yoga

Les Yoga Sutra constituent le plus ancien texte connu traitant spécifiquement de Yoga. La période exacte de son écriture par le sage Patanjali n’est pas connue avec certitude et est estimée par certains entre le Ier et le IIe siècles av. J.-C., et par d’autres plutôt entre le IIe et le Ve siècles. Quelle que soit sa date d’origine réelle, il est clairement admis qu’il s’inscrit dans la lignée de traditions plus anciennes (comme celles du Veda et du Samkhya évoquées plus haut).

Patanjali y décrit des pratiques ascétiques et contemplatives ayant le même objectif de libération que le Samkhya mais cette foi-ci selon un aspect plus appliqué et plus associé à l’expérimentation.

Les huit anga du Yoga de Patanjali

Les huit membres (Ashtanga) du Yoga y sont détaillés :

  1. Yama : discipline sociale, devoirs moraux et attitudes éthiques (non violence, vérité, honnêteté, contrôle des sens et non possessivité) ;
  2. Niyama : discipline individuelle et observations intérieures du corps et de l’esprit (pureté, contentement, discipline, étude de soi et des textes sacrés, consécration spirituelle) ;
  3. Asana : travail pour atteindre la posture idéale pour la méditation et calmer l’agitation corporelle ;
  4. Pranayama : maîtrise des souffles d’énergie via la respiration pour calmer et purifier l’état psychique ;
  5. Pratyahara: retrait des sens pour tourner la conscience vers l’intérieur et les principes subtils ;
  6. Dharana : concentration de l’activité mentale sur un objet ou un sujet unique ;
  7. Dhyana : méditation sans objet et arrêt des activités du mental ;
  8. Samadhi : état de conscience détaché de l’égo conduisant à la délivrance par fusion avec la conscience cosmique.

Concernant asana, Patanjali utilise les qualificatifs de stable et agréable sans préciser la ou les postures considérées (en évoquant toutefois plutôt une posture assise). Ceci est probablement lié au fait que cette pratique est prévue d’être encadrée et précisée par un maître.

L’Ashtanga Yoga décrit par Patanjali a été plus tard également baptisé Raja Yoga (yoga royal) pour souligner sa complétude par rapport à d’autres types de Yogas (dont certains seront décrits dans d’autres articles de cette série YogArkana).

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