Yoga pour le corps subtil : nadi et chakra

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Pour continuer notre exploration du Yoga pour le corps subtil et après avoir évoqué les 10 vayu dans le précédent article de la série, nous allons maintenant évoquer les nadi, et chakra avant de nous consacrer dans l’article suivant à une exploration plus approfondie de la théorie et pratique des marma.

Les nadi

Les nadi sont des circuits d’énergie qui transportent le Prana ou souffle vital dans tous le corps. Le terme nadi vient de racine nad qui signifie courant. La Chandogya Upanishad et la Brihadaranyaka Upanishad affirment clairement que leur nature n’est pas d’ordre matériel.

Les textes classiques du Hatha Yoga en donnent des nombres différents, le Hatha Yoga Pradipika en répertorie 72 000 alors que la Shiva Samitha affirme que trois cents cinquante mille nadi émergent de Kanda (bulbe proche de la naissance de l’épine dorsale entre Muladhara et Svadhisthana chakra). Certains nadi sont cités comme particulièrement importants, dix dans Shiva Samhita et quatorze dans Hatha Yoga Pradipika et Goraksha Samhita.

Purifier les nadi et y maintenir une circulation libre du Prana est un des objectifs principaux des pratiques de Hatha Yoga. 

Lorsque les nâdî sont obstruées par des impuretés, le prâna ne peut circuler dans la sushumna : comment peut-on alors atteindre l’état non-mental? Comment peut-on atteindre la réalisation finale ?

Quand le circuit entier des nâdî obstruées par les impuretés devient pur, alors le Yogi devient expert dans le prânâyâma.

 C’est pour cela que le Yogi doit pratiquer constamment le prânâyâma avec le mental imprégné de l’élément Sattva, jusqu’à ce que les impuretés qui se trouvent dans la nâdî sushumnâ soient éliminées.

Hatha Yoga Pradipika

Parmi tous ces nadi, trois sont considérés comme primordiaux et sont connus de l’ensemble des pratiquants : Ida, Pingala et Sushumna.
Le nadi Ida nait et se termine du côté gauche du corps, il est de nature lunaire rafraichissante et est lié à l’hémisphère droit du cerveau. Le nadi Pingala nait et se termine du côté droit du corps, il est de nature solaire chauffante et est lié à l’hémisphère gauche du cerveau.

En général, l’énergie circule dans Ida ou Pingala. En unissant ces deux courants, il est possible de libérer la puissance incomparable de Kundalini Shakti.
Avant cela, il faut dégager le passage de Sushumna ou canal central. A l’aide de différentes pratiques de respiration et de nettoyage, le pratiquant cherche à purifier l’ensemble des nadi ce qui débloquera le canal central, ensuite, il s’agit d’harmoniser le flux des énergies positives et négatives pour activer Sushumna.

Il faut bien noter que la description du trajet emprunté par Ida et Pingala varie d’un texte à l’autre, certains textes décrivent un trajet direct de ces deux canaux alors que d’autres affirment qu’ils s’élèvent en un mouvement sinusoïdal en se croisant dans les centres d’énergie que sont les chakra. Mais comme toujours dans ce genre de pratiques, l’important est de vivre sa propre expérience et de développer la perception de son corps subtil.

Ces trois nadi se croisent premièrement en Muladhara et leur rencontre finale se fait au niveau d’Ajna Chakra, puis ils se séparent, Ida arrivant dans la narine gauche, Pingala dans la narine droite et Sushumna à Sahasrara. Certains textes décrivent l’existence de nadi solaires et lunaires à l’intérieur de Sushumna sur lesquels nous ne nous attarderons pas dans cet article.

Les nadi sont purifiés par des pratiques d’asana, kriya, pranayama et méditation qu’il est préférable de faire avec l’aide d’un guide expérimenté. Une pratique particulièrement importante et accessible est celle de Nadi Shodhana ou respiration alternée, décrite ci-dessous dans Hatha Yoga Pradipika.

Le Yogi s’étant assis en padmâsana doit inspirer le prâna avec la narine gauche et, après l’avoir retenu le plus longtemps possible, qu’il l’expire avec la narine droite.

Ensuite il doit inspirer lentement le prâna par la narine solaire jusque dans son ventre; Après avoir effectué la rétention de souffle comme il a été dit, il doit expirer par la narine lunaire.

Ainsi doit-on inspirer avec la narine par laquelle on vient d’expirer, puis retenir le prâna le plus longtemps possible et ensuite expirer doucement par l’autre narine, sans à-coup.

Si l’on inspire le prâna par Idâ, après l’avoir retenu, on doit expirer par l’autre nâdî. Après avoir inspiré avec Pingalâ, et avoir retenu le souffle, on doit l’expirer par la nâdî gauche. Chez ceux qui savent se dominer et qui pratiquent continuellement de la façon prescrite l’exercice de respiration alternée à travers idâ et pingalâ, l’ensemble des nâdî est purifié en trois mois.

Il faut pratiquer les rétentions de souffle (dans le prânâyâma) quatre fois par jour : à l’aube, à midi, au crépuscule et à minuit, progressivement jusqu’à en faire 80 à chaque fois.

Hatha Yoga Pradipika

Pour une pratique progressive, efficace et sans danger de Nadi Shodhana, nous conseillons la méthode de la Bihar School of Yoga décrite par Swami Satyananda dans son livre « Asana, pranayama, mudra, bandha ».

Les chakra

Les chakra sont des centres d’énergie plus ou moins manifestés qui tournent comme des roues et possèdent chacun une fréquence propre. Dans leurs méditations profondes les rishi les ont perçus comme des fleurs de lotus ayant des formes différentes et un nombre variable de pétales.

Localisations des Chakra (source : livre « Prana and Pranayama » de Swami Nirajanananda)

On dénombre généralement sept chakra principaux, les cinq premiers sont liés aux éléments, Muladhara, Svadhisthana, Manipura, Anahata et Vishuddhi. Ajna, le chakra frontal lui n’est pas liés aux éléments mais aux trois guna (sattva, rajas et tamas) et le dernier chakra Sahasrara est totalement libre de l’influence d’Ida et Pingala. De nombreux textes yoguiques ne citent que cinq centres, d’autres mentionnent Ajna mais très peu mentionnent Sahasrara. Il existe aussi d’autres chakra inférieurs liés au monde animal, minéral et végétal et d’autres liés au monde divin au-dessus de Sahasrara.

Les chakra sont généralement bloqués et doivent être purifiés pour pouvoir ensuite s’activer. Il existe plusieurs méthodes pour les purifier et les activer, notamment en y dirigeant le Prana et en utilisant des mantra et des yantra spécifiques.

Chaque chakra possède des caractéristiques : une couleur, un nombre de pétales, un animal, une divinité, des lettres et des sons… Les cinq chakra de Svadisthana à Ajna possèdent un kshetram qui est leur point de correspondance à l’avant du corps et que plusieurs techniques utilisent.
Décrire les chakra n’est pas une tâche facile tant les descriptions et les perceptions diffèrent. Nous vous proposons ci-dessous une première approche non exhaustive. De nombreux ouvrages y sont consacrés, nous vous conseillons particulièrement de lire « Kundalini Tantra » de Swami Satyananda, et « Microchakras » de Sri Shyamji Bhatnagar où il expose sa théorie originale des microchakra. Pour une vision brève et synthétique des principaux chakra vous pouvez consulter les cartes sur notre site.

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Muladhara est localisé à la base de la colonne vertébrale. Mul signifie racine et adhara lieu. Ce chakra est associé à l’élément Terre et enracine l’individu. Il est lié à l’odorat, au nez comme organe des sens et à l’anus comme organe d’action.
Il est représenté par un lotus rouge à quatre pétales, à l’intérieur duquel se trouve un carré jaune entouré d’un cercle qui représente le tattwa de la terre. Il est lié à la glande médullosurrénale.

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Svadhisthana est localisé dans le plexus sacré, à deux doigts au-dessus de Muladhara auquel il est intimement lié. Sva signifie soi et sthana résidence.
Ce chakra est associé à l’élément Eau et incite à se relier à l’entourage proche, on passe du « moi d’abord » du premier chakra au « moi et toi ».
Il est lié au sens du goût, à la langue comme organe des sens et aux organes génitaux comme organes d’action.
Il est représenté par un lotus vermillon à six pétales avec un cercle à l’intérieur. Sa partie inférieure est occupée par un croissant de lune, surmonté d’un océan sombre et d’un ciel avec une lumière lunaire. Les glandes endocrines correspondantes sont les gonades.

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Manipura est situé derrière le nombril, Mani signifie joyau et Pura cité. Manipura est donc la cité des joyaux. Il correspond à l’élément Feu, stimule le processus digestif et alimente l’égo dans tous les chakra. A ce niveau le « moi et toi » du deuxième chakra devient « moi, toi et les autres ».
Il est lié à la vision et aux yeux comme organes des sens. Ses organes d’action sont le système digestif et les jambes des genoux aux pieds.
Il est représenté par un lotus d’un jaune éclatant avec dix pétales à l’intérieur duquel se trouve un triangle inversé et un feu rouge flamboyant.
Selon les textes yoguiques, c’est le lieu où s’effectue l’union des vayu prana et apana dans samana, il correspond à la mutation entre le grossier et le subtil. Selon Shyamji Bhatnagar, l’un des objectifs majeurs du travail spirituel est d’orienter le triangle du troisième chakra vers le haut. Manipura est lié à la glande corticosurrénale.

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Anahata se situe au niveau du plexus cardiaque. Ana signifie particule négative et Ahata signifie battre ou frapper, c’est pour cela qu’Anahata est connu comme le non frappé, l’endroit où résonne la vibration non frappée du nad éternel.

Il est associé à l’élément Air, au sens du toucher, à la peau comme organe des sens et aux mains comme organe d’action. Il est également lié à la glande thymus.
Anahata est le premier chakra du deuxième granthi, c’est le passage de l’égo vers une approche plus altruiste, plus tournée vers le spirituel. Il est symbolisé par un lotus à douze pétales bleu pâle ou vert avec deux triangles entrelacés à l’intérieur l’un vers le haut et l’autre vers le bas.

Dans la Goraksha Samhita, le chakra du cœur est appelé Hridaya, qui est le nom du point marma du cœur (que nous décrirons dans le prochain article). Hridaya est quelquefois décrit comme le sanctuaire du soi intérieur, lié au corps causal. Sri Shyamji Bhatnagar donne une explication qui me touche particulièrement dans son livre « Microchakras » et que je résume ci-dessous.

A l’intérieur du quatrième chakra, se niche un mystérieux petit chakra lunaire appelé Hrit ou Hrit-padma. Il contient un sanctuaire intérieur, au cœur de chacun de nous où réside le soi divin. Une dévotion totale à une divinité extérieure ouvre le chakra du cœur, comme en témoignent de nombreux saints, mais peu expérimentent Hrit-padma le lieu de notre divinité intérieure où l’on entend le son intérieur du soi. Travailler la conscience du souffle à  ce niveau permet d’être guidé vers le cinquième chakra.

La pratique du souffle Ham-Sa est une pratique incroyablement efficace notamment pour travailler sur ce centre comme en témoignent ces extraits de la Goraksha samhita :

La conscience sort avec le son « Ha » et entre avec le son « Sa ». Elle récite en permanence le mantra « Hamsa, hamsa ».

21 600 fois durant le jour et la nuit le jîva récite le mantra.

Cette gâyatrî non sonore donne la libération au yogin. Le simple fait de désirer l’entendre écarte les obstacles.

Il n’a jamais existé et il n’existera jamais de connaissance, de japa et de sagesse aussi grande que ce mantra.

Cette gâyatrî tire sa force vitale de Kundalinî elle-même. La connaissance de cette force vitale qui n’est autre que prâna ne peut être acquise que par un vrai yogin.

Goraksha Samhita

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Vishuddhi (ou Vishuddha) se trouve au niveau du plexus cervical à l’arrière du creux de la gorge. Vi signifie grand, au-delà de toute comparaison et shuddi signifie purifier, Vishuddhi est donc l’ultra pur.
Il est lié à l’élément Ether, à l’ouïe et aux oreilles comme organes des sens et aux cordes vocales comme organes d’action. Il est associé à la glande thyroïde.

Les textes yoguiques parlent d’Amrita, un fluide provenant d’un centre supérieur Soma, si Vishuddhi est réveillé, ce liquide se transforme en un élixir de vitalité et longévité, sinon il poursuit son écoulement vers Manipura où il se consume et provoque alors maladie, vieillesse et mort.

Vishuddhi apparaît sous la forme d’un lotus violet ou bleu indigo à seize pétales, avec au cendre un bindu blanc semblable à la pleine lune qui symbolise la qualité de ce centre et l’élément Ether. Ce bindu représente un état épuré du Prana et de la conscience quand ce chakra est activé.

Au niveau de la conscience du cinquième chakra, la motivation première est tournée vers la pratique spirituelle et la personne est libérée du Karma social. Ce chakra est aussi appelé « le grand portail de la libération » car au-delà on dépasse la sphère des éléments. 

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Ajna est localisé dans la sushumna au centre du crâne derrière le point entre les sourcils qui est son kshetram. En sanskrit, Ajna veut dire commander, ce chakra est considéré comme le centre de commande car c’est à partir de lui que l’intuition est transmise au mental et aux chakra inférieurs.

Ajna est lié aux trois Guna, son organe des sens est l’intuition et la glande pinéale, son organe d’action est l’hypophyse ou la glande pituitaire qui gouverne tout le système endocrinien.
Il est associé au mental qui est parfois considéré comme son organe des sens et son organe d’action.

C’est un centre d’énergie très puissant qui est aussi appelé troisième œil ou œil de l’intuition. L’activation de ce centre permet de développer la concentration, la volonté, la mémoire et l’intelligence Ajna permet aussi d’accéder à une conscience élevée, et de développer les capacités latentes de l’individu comme la clairvoyance, la télépathie, la clair audience et plus généralement la perception au-delà des organes des sens.

Ajna est symbolisé par un lotus à deux pétales d’une couleur blanche ou argentée (elles sont parfois représentées en couleur violette). C’est là que s’unissent Ida et Pingala à Sushumna.

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Sahasrara ou lotus aux mille pétales est au-delà des chakra. Lorsque la Kundalini shakti atteint ce centre elle n’appartient plus au domaine de la conscience humaine, elle devient divine. Sahasrara est situé au sommet du crâne et est lié aux glandes pituitaire et pinéale. Il est le siège de la pure conscience, de l’union de Shiva et Shakti. Lorsque Kundalini s’éveille et monte jusqu’à Sahasrara, cette union s’effectue et l’illumination se produit, puis sous l’influence d’Ajna la force créée est réorientée vers le bas et le « paradis » peut être vécu sur terre. 

Entre Ajna et Sahasrara, la tradition tantrique situe souvent Soma chakra ou Bindu (entre autres chakra) où le nectar Amrita s’écoule, ce liquide qui peut grâce à Vishuddhi se transformer en élixir d’immortalité. Un aspirant dont l’égo et le corps ont été suffisamment purifiés peut faire l’expérience d’Amrita à ce niveau.   

Les chakra sont d’une importance primordiale dans les pratiques tantriques, mais toutes ces notions ne peuvent se révéler que par l’expérience et souvent à travers une pratique assidue et guidée.
D’autres points énergétiques, les points marma sont peut être accessibles plus rapidement, et permettent d’accéder plus facilement à une pratique subtile du Yoga génératrice de multiples bienfaits au niveau de tous les corps. Ce sera l’objet de notre prochain article. 

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