Yama – Asteya

Temps de lecture : 3 minutes

Continuons notre voyage dans les observances du Yoga avec Asteya, le troisième Yama.

Rappelons à nouveau que les Yama (et les Niyama) ne constituent pas un code moral mais des indications concrètes pour expérimenter des postures de vie et expérimenter notre essence en lien avec celle du macrocosme. Ainsi, Asteya ne véhicule pas de notion de bien ou mal mais il s’agit bien de posture spirituelle pour faire cesser un vritti qui occupe, obscurcit l’esprit et empêche l’état de Yoga.

Au sens littéral et basique Asteya peut être traduit par le fait de ne pas voler, ne pas s’approprier la possession d’autrui. Le vol peut être un acte physique mais également psychologique, mental, social ou même énergétique. Par exemple  :

  • au niveau physique : ne pas voler le bien d’autrui ou se l’approprier de manière indue, ne pas exploiter l’autre mais également ne pas surconsommer et accumuler des choses non utiles, ne pas mal utiliser un bien (pour un usage ou une durée pour lesquels il n’est pas prévu) ;
  • au niveau énergétique : ne pas voler l’énergie de l’autre, ne pas détourner l’attention vers soi mais aussi ne pas gérer son insécurité par l’acquisition de biens matériels ou par la nourriture (mais plutôt travailler sur le premier chakra) ;
  • au niveau mental : ne pas voler les idées de l’autre, ne pas être jaloux et convoiter ce qu’il possède et donc au final ne pas se comparer à lui ;
  • au niveau intellectuel : ne pas plagier et s’approprier la travail intellectuel d’autrui, ne pas empêcher l’autre de vivre une expérience de conscience (par exemple un enfant) et donc ne pas vivre par procuration.

Ces quelques exemples illustrent qu’Asteya est plus large que le simple fait de ne pas voler un bien.  Cependant nous n’avons considéré ici que le rapport de soi avec l’autre. Or Asteya a une portée bien plus large et profonde que cela. Il se dégage de ce qui précède une idée de réciprocité, de ne pas prendre sans donner en échange que cela soit de l’argent, un bien, de l’énergie, de l’attention, du crédit, de l’amour. Cette posture de réciprocité ou d’échange équitable s’applique également à notre rapport avec la nature. Nous ne sommes que de passage sur Terre et des locataires éphémères de ce qu’elle nous offre, à commencer par notre propre corps et notre propre vie ! Asteya nous enjoint à ne pas voler la Terre, à ne pas lui prendre plus que besoin, à lui donner également en échange et à s’occuper d’elle avec conscience.

Au niveau personnel, Asteya nous libère de l’envie, de la jalousie, de la convoitise et  de l’avarice. Il s’agit d’adopter une posture de simplicité et de probité où la richesse est intérieure et où l’on se satisfait de l’abondance que l’on a déjà plutôt que de chercher à combler un vide à l’extérieur.
Cela libère énormément l’esprit et libère du temps et de l’énergie pour la pratique spirituelle. Les richesses viennent alors naturellement à nous pour que nous les utilisions au profit des autres, dans le souci de réciprocité évoqué plus haut. Nous devenons riches car nous avons ce qui nous est nécessaire.

Il s’agit également de ne pas nous voler nous-mêmes  en nous identifiant uniquement à une partie de nous-mêmes, en nous limitant voire en nous auto-sabotant. Il nous faut donc rester entiers, exprimer notre manière unique d’être et ne pas douter de nous, nous sous-estimer ou nous juger. Asteya permet alors de ne pas se soustraire à notre participation dans l’Univers et aux expériences de conscience qu’il nous offre. A nouveau cette posture d’intégrité  nous permet de laisser venir à nous les richesses dont nous avons besoin dans l’instant sans les rechercher.

De ce point de vue cela se rapproche du deuxième Yama Satya et de la vérité du moment présent. Asteya est le fait de reconnaître et accepter le présent, sans se projeter dans le futur ou ressasser le passé. Il s’agit de vivre dans l’instant et ainsi d’y exprimer l’état de vérité qu’est Satya. Donc ne pas voler le passé ou le futur en y recherchant les conditions de notre bonheur actuel.

Et c’est justement lorsqu’on ne cherche plus à l’attirer dans le présent, que le futur peut alors se présenter à nous sous forme d’intuition voire de clairvoyance. La posture spirituelle d’Asteya purifie notre être, le reconnecte à l’Univers et le transforme en miroir du divin. L’état d’abondance se révèle alors dans l’instant présent, lorsque la richesse n’est plus recherchée mais juste acceptée.

A la lumière de tout cela la maxime de Patanjali prend une toute autre dimension :

Celui qui prend pour règle la totale honnêteté voit les richesses venir à lui

Yoga Sutras II.37

La posture d’Asteya nous invite à l’honnêteté, la réciprocité et l’intégrité de nos relations avec les autres mais aussi avec la nature, avec soi et au final avec l’Univers. Cela nous apporte alors les trésors cachés de la richesse intérieure et spirituelle.

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